Jeudi 20 janvier 2012, au Pranzo Gymnase, avait lieu la soirée organisée par Christine Berrou à l’occasion du lancement de son livre intitulé: « Ecrire un one-man show et monter sur scène », publié aux éditions Eyrolles.
Ses amis et fans étaient bien sûr présents. Le rendez-vous a débuté par une effervescente séance de dédicace. En deuxième partie de soirée, les invités ayant réservé ont pu assister au Best of
Pranzo. C’est avec émotion (et même quelques larmes) que Christine Berrou a orchestré et présenté les sketchs de ceux dont elle souhaitait s’entourer pour cet évènement, comme par exemple Anne-Sophie Girard et Nadia Roz, deux de ses compères du Connasse Comedy Club. Vérino, Greg Romano, Guillaume Bats, Alexis Macquart, Alexandre Barbe, Sony Chan et Marine Baousson étaient également de la partie. D’autres n’ont malheureusement pas pu être présents comme c’est le cas d’Arnaud Tsamère, Kyan Khojandi et Baptiste Lecaplain. Pour clore cette soirée riche en émotions, le fameux Karaoké du Pranzo (un lieu d’ailleurs symbolique puisqu’il a aidé au lancement de beaucoup d’artistes de cette nouvelle génération de l’humour . Il représente un peu le QG de la scène montante et ce, grâce au gérant, Emmanuel Smadja, très apprécié de tous).
Depuis ses débuts sur scène au Théatre Le Bout avec son spectacle « La Pin-up du Moi », Christine n’a cessé d’étoffer son CV: ancienne journaliste devenue chroniqueuse pour le magazine féminin Sensuelle; Chroniqueuse pour l’émission On achève bien l’info sur France 4 aux côtés de Kyan Khojandi dont elle ne cesse de vanter le génie; Humoriste au sein du Connasse Comedy Club; Comédienne dans le court-métrage « L’amour à contrechamp »; Rédactrice pour Madmoizelle.com et maintenant auteur avec ce livre sur lequel Streetgeneration s’est penché cette semaine. Nous avons voulu en savoir plus.
L’interview StreetG de Christine Berrou:
Christine, ton livre « Ecrire un one-man show et monter sur scène », vient de paraître aux éditions Eyrolles. Qu’est-ce qui t’a amenée à l’écrire? Était-ce un projet que tu avais depuis longtemps en tête ou une proposition de l’éditeur?
En fait, tout a commencé en décembre 2009, à l’époque je travaillais comme auteur sur une émission diffusée sur France 4 qui s’appelait On achève bien l’info. On était un petit groupe d’humoristes, dont Kyan Khojandi, Yassine Belattar et Thomas Barbazan, qui essayait de faire au plus drôle toutes les semaines avec très peu de moyens. Et tous les jours les vannes fusaient, on était des machines ! Enfin… Surtout eux qui sont de très fortes personnalités comiques. Moi j’étais plus « calme » mais plus à l’écoute aussi. A tel point qu’un jour j’ai noté que dans leurs vannes il y avait parfois des « architectures » qui revenaient. En élargissant, j’ai réalisé que ces « architectures », on les retrouvait aussi dans le travail des grandes figures de l’humour, dans les sitcoms et même les films comiques. Alors je les ai recensées: j’en ai trouvé vingt-sept. J’ai montré ça à Kyan, il m’a dit « Il faut que tu développes, c’est une super idée ! » en me donnant quelques autres pistes. Mais j’ai rangé ça dans un tiroir et j’ai oublié.
En janvier 2011, j’ai retrouvé le document et j’ai eu envie de le confronter à un public un peu comme pour achever une expérience scientifique (Mon père est chercheur, je pense qu’il a du me transmettre un truc). J’en ai parlé à Alexandre Delimoges (Directeur de l’école du One-man-show de Paris) qui a tout de suite proposé que j’organise un stage d’écriture humoristique chez lui. Ce fut une expérience très étrange que de transmettre à des inconnus une analyse qui m’était si personnelle mais très vite les architectures de vannes que j’avais recensées ont été à la hauteur de mes attentes : mes stagiaires les comprenaient et arrivaient à les reproduire pour améliorer leurs textes. Je n’ai pas réfléchi, j’ai tout de suite envoyé deux manuscrits : un aux éditions Les nuls et un autre à Eyrolles. Eyrolles m’a contactée au bout de deux semaines. Toujours pas de nouvelles des éditions Les Nuls. Je me suis peut-être trompée d’adresse.
De quoi est-ce qu’il traite exactement ? Est-ce exclusivement un « manuel » d’apprentissage ou y a t-il une trame romancée/biographique?
Eyrolles m’a tout de suite dit que les vingt-sept architectures de vannes (baptisées plus tard « les ficelles ») ne pouvaient pas faire un livre. Il fallait que j’aille plus loin. J’ai donc décidé d’explorer mon sujet à fond, d’écrire une sorte de thèse sur tout ce que j’avais appris ces cinq dernières années. J’y ai même ajouté une partie historique pour laquelle j’ai du faire de nombreuses recherches. Je crois que même pendant mes études je n’ai jamais autant bossé! Je voulais tout définir, tout expliquer : qu’est-ce que le stand-up ? Quand est apparu le premier humoriste ? Et le mot « humour » etc… Et puis j’ai ajouté une partie plus « chronique », plus personnelle, plus intime avec des anecdotes et quelques secrets. Et j’ai essayé d’être drôle au moins une fois par page. Pour moi c’était le minimum syndical: je ne voulais pas que le lecteur s’endorme. Enfin, des gens que j’aime énormément comme François Rollin, Grégoire Dey (Auteur très connu dans notre petit milieu) ou encore Pierre Aucaigne ont accepté d’y aller de leurs conseils. Bernard Werber a accepté d’écrire l’avant-propos. Alors pour répondre à ta question : c’est plus qu’un manuel, je crois que c’est un morceau de moi-même (Je sais, ça fout un peu les boules mais c’est la vérité).
Tu es humoriste et comédienne mais tu écris également des chroniques pour le magazine Sensuelle depuis plusieurs années. Aujourd’hui ton livre sort. N’as-tu pas un peu l’impression de te retrouver dans la peau de Carrie Bradshaw, l’héroïne de la série Sex & the city?
Si seulement je pouvais déjà me retrouver dans sa garde-robe ! Plus sérieusement, je suis très flattée par ta comparaison mais je crois que toutes les filles de ma génération ont quelque chose de Carrie Bradshaw. Candace Bushnell en créant ce personnage a mis la cerise sur le gâteau de l’émancipation de la femme au début des années 90 et je pense qu’on lui doit beaucoup. Par contre, je précise une chose : j’ai détesté le deuxième film. Pour moi « Sex and the City » ce ne sont pas des héroïnes fragiles croulant sous des fringues haute couture, transportées par quatre limousines. C’était une série piquante et pertinente sur la démocratisation du plaisir, sur ces « nouvelles règles du jeu » qui nous concernent tous et sur l’amitié. La garde-robe de Carrie peut se démoder, ses récits, ses observations et ses conseils seront toujours d’actualité. D’ailleurs si un jour j’ai une fille, pour éviter tout dialogue embarrassant, je pense que je lui offrirai le coffret intégral pour ses quatorze ans.
Selon ce que j’ai pu entendre, car je n’ai pas encore eu l’opportunité de le lire: tu as apparemment structuré ton livre autour d’exemples de techniques adoptées par tes « collègues ». Je ne sais donc pas si tu t’appuies aussi sur des humoristes connus à plus grande échelle mais y a t-il entre autres un désir de faire découvrir la nouvelle génération de l’humour français?
Oui, il y a de ça. Mais pas que. Je voudrais citer Kundera (Parce que c’est la grande classe mais aussi parce que cela m’est vraiment utile) : « Les vrais génies comiques ne sont pas ceux qui nous font rire le plus, mais ceux qui dévoilent une zone inconnue du comique ». Voilà, j’ai favorisé ces traits de génies là. Alors bien sûr, il y a les « maîtres » incontournables : Desproges, Coluche, Palmade etc… Mais aujourd’hui il y a les Arnaud Tsamère, les Gaspard Proust, les Kyan Khojandi qui révolutionnent le métier avec un nouveau regard, de nouvelles pistes et de nouvelles façons de faire. Il ne s’agissait pas seulement de « faire découvrir », il s’agissait aussi d’être honnête vis à vis de moi-même et de mon lectorat en ne citant que ceux qu’il était juste de citer à l’heure d’aujourd’hui. Un regret : j’aurais du laisser plus de place à Dieudonné. Je ne cautionne pas ses engagements politiques ou ses hautes provocations mais puisque mon objectif était de citer les meilleurs auteurs, en ne citant pas cette plume dont le travail inspire beaucoup d’humoristes (qui n’osent pas forcément le dire), j’ai fait une erreur.
Quel est le public visé par ton ouvrage?
Je vise tout le monde pour qu’il soit plus drôle (le monde).
As tu d’autres projets littéraires en tête ?
Oui ! Eyrolles m’a commandé un deuxième ouvrage qui sera axé sur l’écriture de chroniques cette fois. Celui-là je l’écrirai tranquillement cet été. Et en ce moment je me fais plaisir : j’écris un roman… Sur les humoristes.
Selon toi, un humoriste est-il avant tout un auteur ?
C’est une question difficile. On pourrait penser que quelqu’un qui ne joue que les sketchs des autres est un « simple » comédien. Mais pourtant il y a des interprètes qui, par leur jeu, vont ajouter une plus value comique inexplicable sur papier. Et ce qui fait un bon humoriste, ce n’est pas forcément la capacité à écrire avec un stylo bic des vannes fracassantes. Pour moi c’est une philosophie de vie, une capacité à prendre de la hauteur sur les choses et à en proposer une vision comique. Même si j’avoue paradoxalement que lorsque l’on débute, savoir écrire ses propres textes, c’est la liberté. Il n’y a rien de pire dans ce métier que d’être tributaire des autres.
Où peut-on se procurer ton livre ?
Vous pouvez le commander dans toutes les librairies ou sur le site de la Fnac.
Et où peut-on te retrouver ?
Le mieux, c’est de me suivre sur Facebook et Twitter pour se tenir au courant. Sinon je peux photocopier mon agenda à qui veut si c’est plus pratique…
Merci beaucoup Christine pour ces réponses détaillées.
Propos recueillis par Marion Ferré Defossé
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le coup des teletobies est super marrant