A l’occasion de la sortie de son premier album chez Deutsche Grammophon, célébre label de jazz, StreetGeneration a rencontré la pétillante Anoushka Shankar. En escale à Paris, elle nous raconte comment elle a crée Traveller, un nouvel opus qui mélange musique indienne et flamenco. Une invitation au voyage digne d’un périple à la Tony Gatlif, qui, dans son film Latcho Drom mettait en images les pérégrinations de cette musique du voyage qui prend ses racines au Rajasthan et trace sa route vers la musique Rom des Balkans et le flamenco.
Propos recueillis par Sarah Benabbou
StreetGeneration: Anoushka, ce projet est complexe et très ambitieux, alors que tu es plutôt issue d’une formation classique des bancs de l’école de ton père, le célébre Ravi Shankar, musicien emblématique indien, tu te lances ici dans un tout autre registre. Que s’est il passé ?
Anoushka : J’ai toujours aimé le flamenco et j’ai toujours eu l’impression qu’il y a avait des similarités entre le flamenco et la musique indienne, du point de vue de la sensibilité et des émotions. Surtout au niveau de l’expression des chanteurs, il y a des similarités dans les notes aussi d’un point de vue plus proprement dit « musical » . Au début c’était donc une curiosité personnelle, disons, plus qu’autre chose. puis j’ai rencontré Javier ( Limon) le producteur (ndlr qui est aussi le producteur des plus grands noms du flamenco, Paco de Lucia, El Cigala, Bebo Valdes, Andres Calamaro…) et c’est à ce moment que nous avons pensé à concrétiser quelque chose. ON a compris que ce quelque chose méritait plus qu’un ou deux titres, qu’il pouvait devenir un gros projet, voire même un album. Et c’est ainsi que nous avons commencé l’exploration, car bien sûr, pour chaque similarité il y a aussi des différences qu’il faut apprivoiser. Et cet album n’a pas été fait pour dire « hey regardes on est pareil » mais plutôt pour dire « il existe deux styles de musique différents, mais pas tant que ça, is dialoguent ».
StreetGeneration: Anoushka, tu joues du sitar et tu es parmi les rares femmes qui se produisent avec cet instrument, penses tu qu’il soit féminin ?
Anoushka : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il y a beaucoup de femmes qui jouent de cet instrument C’est juste qu’elle n’en ont pas fait un métier comme moi. Elles ne se produisent pas mais elles existent. Et ça de plus en plus. Je pense aussi que dans la musique indienne, les femmes sont généralement plus sollicitées pour leurs voix, qui sont peut être plus jolies que celles des hommes. Il est difficile de dire si c’est un instrument féminin ou pas. Je pense que c’est plus une question de coincidences. Je connais d’incroyables joueurs de sitar qui sont des femmes, parmi elles, des élèves de mon père, mais elles ont fini par se marier, avoir des enfants, et elles ne se produisent pas. Quand je joue du sitar le son de l’instrument me semble très féminin, mais c’est peut être aussi parce que je suis une femme. Ce n’est pas culturel non plus, mais c’est tout de même vrai qu’en cas de succès, toutes les femmes ne peuvent pas voyager de par le monde facilement, mais bon, ce n’est pas que dans la musique, ça ne fait qu’une dizaine ou une vingtaine d’années que les femmes voyagent aussi pour leur boulot ça va changer.
StreetGeneration : Ce n’est pas ton premier album, et tu n’as plus rien à prouver mais attends tu quelque chose de particulier avec cet album ?
Anoushka : En ce qui me concerne, j’ai travaillé dur et donné le meilleur de moi même pour cet album. Mes seules attentes sont bien sûr qu’il plaise mais je ne m’attends pas à en vendre des milliers. Ma part du travail est faite, évidemment, je voudrais en vendre et que les gens l’aiment et l’écoutent mais quelque part je n’attends pas plus de ce projet que des précédents.
StreetGeneration : Anoushka, peux tu me parler du « Anoushka Shankar project » ?
Anoushka : Il a quelques années, j’ai commencé à faire des projets un peu expérimentaux qui sortaient de mon registre classique. J’ai fait des concerts et j’ai pu voir que mon public s’emmêlait un peu les pinceaux : certains venaient me voir pour mes morceaux classiques d’autres pour ceux plus expérimentaux et vice versa, il y avait une sorte de confusion. J’ai donc crée ce projet de manière à délimiter un peu les choses et que cela soit plus clair pour le public. Le « Anoushka Shankar project » change constamment et devient finalement une sorte d’aire de jeux pour moi où je peux mélanger plusieurs choses et explorer plusieurs aspects musicaux différents.
StreetGeneration : Par le passé tu as collaboré avec Herbie Hancock, c’était comment ?
Anoushka : Je pense que collaborer avec de telles légendes est d’une richesse incroyable. J’ai travaillé aussi avec d’incroyables musiciens classiques comme le virtuose violoncelliste Rostropovitch. J’ai rencontré Herbie à Delhi et il m’a demandé de jouer avec lui. J’étais très impressionnée, c’était une magnifique rencontre et une expérience jazz comme on en connait peu je pense.
StreetGeneration : Tu a aussi collaboré avec Karsh Kale
Anoushka : Oui, mais c’était très différent, nous sommes amis et avons quasiment le même âge notre collaboration est plus profonde. Nous n’avons pas du tout le même public car lui fait plutôt dans la musique électronique et il est peut être moins connu du grand public. Il est très créatif .
StreetGeneration : Dans cet album Traveller tu explores le dialogue entre la musique traditionnelle indienne et le flamenco, vas tu continuer ces explorations avec d’autres styles de musique?
Anoushka : Je fais très attention à ne pas tomber dans le « oh j’aime bien ça, j’aime bien ça et puis ça et ça … » et ne pas trop me perdre mais c’est vrai que j’aime la musique et cela implique la musique de toutes sortes et de tous pays. C’est un peu difficile de choisir mais ce genre de projets doit partir d’une véritable envie et non pas juste d’une lubie de tripoter toutes sortes de musiques. La fusion de musique indienne traditionnelle et flamenco implique aussi une notion de respect. Ce sont deux sortes de musiques inscrites dans l’Histoire alors il faut y travailler avec douceur, délicatement. Naviguer d’un style musical à un autre n’est pas forcément évident, quand on écoute des samples parfois on comprend qu’il n’y a pas eu assez de recherches sur le style musical abordé. Il y a des règles en musique comme partout il faut savoir les respecter.
StreetGeneration : Tu as grandi à Londres, où tu vis, mais tu fais beaucoup d’aller-retours entre l’Angleterre et l’Inde. Où te sens tu chez toi ? A laquelle de ces destinations appartient ton coeur?
Anoushka : Mon coeur est en paix partout où je me trouve ! Je pense que par rapport à ma musique et, spirituellement aussi, l’Inde est ma maison de manière un peu particulière mais je n’y vis pas, je garde mes racines bien en tête, je sais d’où je viens. Parfois l’Inde me manque, parfois non. Mais quand j’y suis, mon mari qui est à Londres me manque aussi alors …
StreetGeneration : Comment es tu perçue en Inde?
Anoushka : Jouer en Inde, est à la fois merveilleux et frustrant. Je ne me plains pas mais mon nom est peut être plus connu en Inde que mon travail, parfois des gens me demandent des autographes et me disent que je chante très bien, alors que je ne chante pas … En Europe, tout le monde sait que je joue du sitar. Je fais des couvertures de magazines en Inde mais c’est plus pour parler de mes cheveux que de ma musique. Néanmoins il y a quelques villes en Inde où ont lieu de gros festivals de musique classique Indienne. Ce public là est différent mais l’Inde est un pays tellement immense…
StreetGeneration : Comme tous les fils et filles De , tu dois souvent être comparée à ton père ?
Anoushka : Oui, bien sur, et je le comprends parfaitement, cela ne me dérange pas. Cela aurait été compliqué pour moi de me battre contre ça. C’était mon père, mon professeur, et nous jouions du même instrument, alors forcément… J’ai reçu tant de choses de lui en tant que père et en tant que professeur, que je ne peux faire l’impasse dessus. Tant que les interviews restent centrées sur mon travail et non pas sur mon enfance, ça va. Quand j’étais enfant et surtout élève, mon père était avec moi beaucoup plus flexible qu’avec ses autres élèves, aussi pour que je ne rejette pas cette culture musicale.
StreetGeneration : Anoushka si tu étais un livre, lequel serais tu ?
Anoushka : Ces questions sont très drôles parce que, entre ce que tu voudrais être et ce que tu es vraiment, il y a toujours une nuance, quand j’étais plus jeune j’aurais rêvé d’être une panthère noire, en vrai je suis plutôt un chat d’appartement… Je pense que le livre que je serais, si j’en étais un, serait probablement un personnage du Mahâbhârata, l’épopée épique la plus longue du monde, je serais Karna, héros tragique. Son histoire me parle beaucoup, il essaye toujours de faire le bien.
StreetGeneration : Et si tu étais une chanson ?
Anoushka : Something des Beatles, simple et puissant, applicable à toutes les choses de la vie.
Le nouvel album d’Anoushka Shankar, Traveller, fusion flamenco et sitar est disponible depuis le 17 octobre 2011.
Anoushka sera en concert le 8 novembre à la Cigale, l’occasion de voir sur scène comment la magie musicale traverse les continents et se retrouve sur une scène pour un voyage entre l’Espagne et l’Inde.
Pour en savoir plus sur Traveller
Et pour savoir ce que donne cette fusion en live, écoutez donc ceci vous comprendrez vite ce que veut dire le mot magnifique…
Sarah Benabbou










L’uinde, c un continent, c tellement immense, elle a raison, c trés dur de parler de culture indienne d’un seul bloc