Taraf de Haidouk et le Kocani Orkestar se partagent la rue tsigane de La Villette

Depuis le 28 Avril, la rue et son art ont investi la Grande Halle de  La Villette et vont y rester quatre week ends consécutifs. Comme vous avez sûrement pu apercevoir les belles affiches dans le métro, vous n’ignorez pas que pour chaque « rue » ( tsigane, flamenco, hip hop et créole) la programmation a été réalisée de main de maître. StreetGeneration s’est donc rendu dans la rue tsigane, une rue balkaniquement magique où l’immense talent de la Band of Gypsies, composé du groupe Kocani Orkestar et du groupe Taraf de Haidouks, a retenti dans l’amplitude de la Halle créant un écho merveilleux et affolant les spectateurs, debout pour l’occasion.   Récit d’un voyage.

Au départ timides, ce sont des spectateurs sagement assis qui recoivent le Kocani Orkestar. Assis ? Que nenni, il s’en aura fallu d’une chanson, une seule, pour que toute la salle se mette debout et se laisse posséder par les rythmes enivrants des cuivres venus de l’Est.

Première partie endiablée, les Macédoniens du Kocani Orkestar.

L’ historique un peu compliqué (séparations, reformations…) de ce groupe de 13 personnes intéressera le curieux mais pas le mélomane. C’est pourquoi on a choisi de vous raconter le meilleur de la musique et pas celui des potins. Bénéficiant de l’influence de la musique orientale de par la situation géographique de la Macédoine, Le Kocani Orkestar se place à un carrefour musical qui puise dans la musique balkanique et dans la musique orientale. Et c’est avec une aisance incroyable que la derbouka (tambour en peau ou en plastique utilisé dans la musique orientale)  trouve sa place au milieu des cuivres, flûtes, accordéons et autres instruments typiquement fanfaresques. La musique du Kocani Orkestar est harmonieuse, les instruments dialoguent, comme des hommes. L’exemple le plus flagrant de ce dialogue est peut être dans le morceau Papigo, où la clarinette, étoile capricieuse  du morceau semble être le maître et soit celle qui donne la permission aux autres instruments de se faire  une place à ses cotés. Elle divague et chaperonne les cuivres à qui elle offre le temps d’un refrain pour s’exprimer puis, délicatement, dans une expression fluide et aérienne, ramène dans une symétrie parfaite toute l’attention qu’elle mérite, et reste la star incontestée de ce morceau.

Deuxième partie, la tradition roumaine dans les règles de l’art, Le Taraf de Haidouks

Taraf signifie orchestre en roumain et Haidouk est un terme turc qui désigne les brigands. L’orchestre de brigands, qui, à l’image de Prométhée volant le feu pour l’offrir à l’homme, a lui-aussi volé quelque chose pour l’offrir à l’homme : la musique. Costumes trois pièces, épingles de cravates, et mocassins vernis, les brigands roumains du Taraf de Haidouk violentent les violons dans le joie et la  bonne humeur mais de tout de même avec une rigueur  bluffante. Dans la pure tradition de la musique folklorique roumaine, avec un tiré de cordes épatant et la présence intriguante du cymbalum, cette formation s’est imposée avec le temps comme le groupe de référence de la musique rom, ou tsigane, (appelez là comme vous voudrez) sur les scènes européennes. Depuis dix ans déjà, on a pu notamment voir le Taraf de Haidouk à l’oeuvre dans l’excellent  film de Tony Gatlif Latcho Drom qui retrace l’histoire de la musique tsigane depuis son origine, au Rajasthan, dans le nord de l’Inde. Et ce n’est pas un hasard si le réalisateur les a choisi, sur les conseils avisés d’un musicologue, qui déjà  à cette époque comprenait bien l’ampleur du phénomène. Sur scène, l’énergie des archers est communicative, et l’envie de faire la ronde  nous prend subitement. Alors que les violons s’emballent, la contrebasse est là pour maintenir l’ordre, garante du tempo, elle sait se faire discrète tout en conservant sa position imposante. Et lorsque la musique semble s’être calmée pour laisser chaque instrument s’exprimer seul, l’ensemble repart de plus belle, maniant la reprise avec génie. Et tandis que chacun des instruments semble évoluer indépendamment, aucun ne se détache réellement ni de l’ensemble ni de l’évolution du morceau. L’homogénéité musicale se construit furieusement laissant entrevoir la solidarité de l’orchestre, du « jouer ensemble », qui lorsqu’il est harmonieux, comme ici, est une vraie merveille.

Le festival des rues continue à La Grande Halle avec de nouveaux rendez vous:

RUE CRÉOLE : Du 12 au 15 mai

RUE HIP HOP : Du 19 au 22 mai

Sarah Benabbou

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1 Commentaire

  1. leo dit :

    fan des Taraf. C un groupe qui a roulé sa bosse, ils ont du en baver comme les artistes des rues et des villages qu’ils représentent. ils sont là depuis longtemps et ya du niveau.

         

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